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9 mars 2015

par

Godefroy

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9 mars 2015
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Au miroir du Japon...

Et si c’était notre avenir ?

Le Japon a des côtés bien surprenants, qui ne peuvent s’expliquer que par le caractère particulier de sa société – à la fois dominée par de très grands groupes capitalistes mais avec un poids très fort des traditions. A la fois très "moderne", mais avec des restes d’"archaïsmes" importants.

Tout visiteur au Japon est frappé par le décallage entre d’une part la qualité des infrastructures (y compris leur uniformité et leur entretien : difficile de trouver un escalator en panne...) et de l’autre la présence d’une main d’oeuvre inutile, en tout cas selon nos critères (par exemple, dans les travaux de voirie, les équipes de travailleurs semblent toujours en "sureffectif" avec une majorité qui ne paraisse pas s’occuper d’autre chose que la "supervision" ou la "sécurité" ou encore dans les commerce où des personnes peuvent être assignés aux tâches les plus incongrus : tenir la porte, saluer...). Les garder ou les supprimer relève d’un choix de société qui se discute mais vu leur constance, elles demandent avant tout à être étudiée dans la perspective "pluraliste" que nous défendons.

Deux articles (relativement) récents d’un blog du Financial Times - FT Alphaville - nous ont inspiré quelques réflexions, qui s’inscrivent dans notre volonté de proposer des "éléments pour des cours alternatifs" aux enseignants et plus généralement de montrer qu’un autre enseignement de l’économie est possible.

A propos des décennies perdues

Dans la presse économique, le Japon est souvent présenté comme le pays des « décennies perdues », flirtant en permanence avec la déflation, avec un endettement public faramineux et une démographie en berne. En même temps, il est à l’avant garde dans la recherche et l’innovation, ses produits – réputés pour leur qualité – se vendent bien dans le monde entier, un chômage faible et, contrairement à ce qu’on pourrait croire, le niveau de vie de sa population continue à s’élever comme le montre le graphique ci-dessous (extrait "did Japan actually lose any decades ?" de FT Alphaville où on trouve bien d’autres graphiques, allant tous dans le même sens).

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Ce résultat un peu surprenant s’explique en partie par le fait que comme la population a diminué, la croissance par tête a pu augmenter alors que le PIB demeurait « plat ».
L’étude du Japon est intéressante pour ce qu’elle peut préfigurer de notre avenir, qu’on nous dépeint très sombre (démographie,« fardeau » de la dette que nous laisserions aux générations futures, etc). Elle nous prouve combien nos sociétés sont productives, compensant le poids croissant des inactifs sur les actifs. Ainsi, au Japon il y a plus de personnes âgées « à charge » qu’en France, mais cela est « compensé » par un nombre nettement plus faible de chômeurs et une proportion plus forte de personnes âgées qui restent actives (souvent, pour ne pas s’ennuyer). Et cela bien que son marché de travail est connu pour sa forte « rigidité », même si l’emploi à vie a reculé. En fait, il y a comme en France un « noyau dur » de plein emploi (autour de 90%) au plus fort de la vie active (25-55 ans), la précarisation se concentrant sur la phase d’entrée dans cette vie – chez les jeunes. Les femmes jouent plus au Japon qu’en France le rôle de « variable d’ajustement » - même si a degré de précarité égale elles sont mieux payées (maigre consolation). Pour plus de précisions, voir l’article Growing Inequalities and their Impacts in Japan
On a l’impression qu’il y a, comme en France, une « période d’observation » pour les jeunes adultes, puis l’embauche définitive dans la phase où ils sont « mûrs » et plus productifs (à ce propos, voir l’excellent article dans Le Monde Eco. de Philippe Askenazy, « l’inflation des CDD, une ‘victoire’ de la simplification »).
En outre comme les inégalités sont relativement faibles, et qu’elles ont peu augmenté avec la crise (contrairement aux pays scandinaves, par exemple), cela peut expliquer la relative stabilité du modèle japonais. Et aussi du modèle français – les inégalités ayant relativement peu augmenté en France pendant la crise.
Tout cela n’empêche pas l’OCDE et le grand choeur des pleurnicheurs sur le « Japon malade » de l’inciter à procéder à des « reformes de structure » – en fait, éliminer ce qui subsiste de l’emploi à vie, liquider ce qui reste d’ « archaïque » (petits commerces, petits paysans, etc.) – au profit d’une hypothétique croissance « retrouvée ». L’argument ne peut être ici celui de la « libération du marché du travail » pour diminuer le chômage (qui est en-dessous de 4%). Chômage qui a de bonnes chances d’augmenter si ces « réformes » sont mises en place. Il est clair que l’existence d’un secteur « archaïque » fait partie du pacte social japonais. Shinzo Abe semble d’ailleurs l’avoir bien compris – son programme de « réformes » étant pour le moment resté dans les cartons.

Et le dette publique ?

Un autre article récent du FT Alphaville revient sur le discours catastrophiste sur la dette publique du Japon – en montrant combien ce discours est surfait. Il rappelle que c’est un problème que les japonais auront à régler entre eux et montre qu’il y a une bonne partie de cette dette qui résulte d’arguties comptables – elle est ainsi détenue en partie par le secteur public lui-même. Selon la façon de la mesurer, on peut l’estimer à 245% ou à … 50% du PIB !
« –La dette publique du Japon est surestimée. Nous avons été surpris qu’Ito répète à plusieures reprises le chiffre de 245% du PIB concernant la dette publique. Ce n’est pas à proprement parlé faux, mais un peu trompeur, parce qu’une bonne partie de cette dette est détenue par d’autres départements de l’Etat et parce que l’Etat détient un patrimoine importants. Si on fait le solde de tout ça, alors le fardeau de la dette descend en dessous de 140% du PIB, ainsi que l’affirme le Fond Monétaire International. (Le ministère des finances japonais estime quant à lui qu’elle atteint à peine 90%.) Ce qui n’inclus même pas les 210 milliers de milliads de yens détenus par la Banque du Japon. Si vous retirez cela, alors vous arrivez à une dette nette de... 50% du PIB. »

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