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Micro, macro, mes crocs !

Numéro 13

Lettre d’information (presque) mensuelle du Mouvement des étudiants pour une réforme de l’enseignement de l’économie.

Sommaire

Il s’en passe des choses en ce moment en économie... Tout d’abord, à l’université, l’actuel jury d’agrégation du supérieur fait l’unanimité contre lui, tellement il est fermé idéologiquement et dominé par des ultra-libéraux. C’est ce que montre le texte Loups et brebis, rédigé par un collectif d’enseignants. On vous conseille en particulier la partie « élus avec quels travaux ? » , qui devrait vous édifier.

D’un autre côté, les débats s’intensifient : Problèmes Economiques consacre son dernier numéro à la science économique, et notamment à son enseignement. Il sort aujourd’hui. On vous en livre en exclusivité le sommaire .

Et très prochainement vont se tenir d’importantes Assises de la culture économique et sociale. Ces Assises ont pour but de mettre les questions économiques et sociales à la portée de tous. Le programme est tout simplement passionnant. Mais il faut s’inscrire pour pouvoir participer : ne tardez pas ! (http://www.asts.asso.fr)

C’est également l’occasion de reparler des journées, organisées par la FSU et ATTAC, auxquelles nous avions participées l’année dernière. Un livre vient de sortir qui en reprend les débats : L’économie est l’affaire de tous est son titre, et on imagine mal comment il pourrait ne pas figurer dans votre bibliothèque d’honnête homme.

Enfin, pour comprendre ce qui se trame lorsqu’on parle de Sécurité Sociale, nous avons rencontré celui qui est peut-être l’un des meilleurs spécialistes français de la question, Bernard Friot. Il nous a raconté son parcours intellectuel et personnel. Attention, ça commence dur, avec le « capitalisme monopoliste d’Etat »... mais la suite est pleine de surprises !

Agrégation de sciences économiques 2004 : « Loups » et « brebis »

En économie comme en droit ou en gestion, le concours de l’agrégation externe du supérieur est la principale voie pour devenir professeur des Universités. Tous les deux ans, le Ministère de l’Education Nationale désigne un président de jury au sein des professeurs qui ont l’ancienneté requise. Ce président désigne ensuite cinq autres membres pour constituer un jury. Les candidats à l’agrégation doivent avoir un doctorat de science économique, mais ne sont pas nécessairement Maîtres de Conférences. Ils ne sont pas non plus obligatoirement qualifiés par le Conseil National des Universités. Le concours se compose de trois épreuves depuis la suppression de la leçon en 24 heures : une présentation des travaux, une leçon de politique économique et une leçon de spécialité.

Les résultats de la première épreuve viennent d’être publiés. A l’issue de cette épreuve sur travaux, où les candidats exposent leurs recherches devant le jury qui les interroge, il vient d’être arrêté une « liste des candidats autorisés à poursuivre le concours d’agrégation de science
économique ». Cette liste de 40 noms, sur 105 candidats, a été rendue publique le 5 février 2004 par le Ministère (15 postes sont attribués au concours cette année).

Si le choix du président, puis celui du jury ont pu hier susciter l’émotion de quelques-uns et
donner lieu au vote d’une motion défavorable du Conseil National des Universités, les résultats de
l’épreuve sur travaux suscitent aujourd’hui une désapprobation générale. Il est apparu que le
contenu des travaux de certains candidats retenus par le jury et leurs prises de position publique
en tant qu’économistes méritaient d’être portés à la connaissance du plus grand nombre.

Il ne s’agit pas de discuter les décisions d’un jury évidemment souverain et désigné dans les
règles par le Ministère. Il ne s’agit pas non plus de mettre en question l’agrégation qui demeure la
modalité de recrutement privilégiée des professeurs de sciences économiques en France. Il s’agit
simplement d’informer une fois encore pour qu’aucun ne puisse dire, dans quelques temps, « je ne
savais pas » et pour que chacun puisse agir en conscience et en fonction de ce qu’il souhaite
vraiment pour l’avenir de notre discipline.

Toutes les informations de ce dossier sont publiques et disponibles sur Internet, les sources ont
été systématiquement précisées et sont accessibles par CTRL + clic. Ces informations n’ont fait
l’objet d’aucune manipulation, elles sont fidèles à ce qui a été publié par les institutions et les
personnes qui les mettent en lignes.

Ce dossier d’information a été constitué par un collectif d’enseignants d’économie dans le
but de préparer une prise de position collective de l’ensemble de la profession.

Un Jury ouvert ?

Mêmes associations, mêmes revues, mêmes instituts, mêmes colloques… une sélection
ouverte ?

Quatre membres sur sept appartiennent à la société du Mont Pèlerin, fondée par F. Hayek, dont
les membres trouvent « dangereux l’expansion des gouvernements, et pas seulement dans le
domaine de la protection sociale ». Le président du Jury, Pascal Salin a été également président
de cette société ultra-libérale de 1994 à 1996. Gérard Bramoullé, Enrico Colombatto et Bertrand
Lemennicier en font eux aussi partie.
Source : http://www.montpelerin.org/

Trois membres (Gérard Bramoulle, Bertrand Lemennicier et Pascal Salin, président du jury) sur
sept sont membres fondateurs de Génération Libérale, présidée par Jacques Garello, qui
continue Idées Action, de Démocratie Libérale, présidé par Alain Madelin.
Sources :
http://www.libres.org/francais/generation_liberale/accueil_gl/presentation_gl.asp
http://francepolitique.free.fr/PDL2.htm

Quatre membres (Gérard Bramoulle, Bertr and Lemennicier, Pascal Salin et Paul Zagamé) sur sept
siègent au comité scientifique du Journal des Economistes et des Etudes Humaines un cinquième
(Enrico Colombatto) au comité de lecture. Le JEEH est la revue d’Aix Marseille III dirigée par
Jean-Pierre Centi qui publie des discussions centrées sur l’école autrichienne : le legs de Hayek,
l’apport de Kirzner, de Friedrich von Wieser, etc.
Source : http://www.ieeh.asso.fr/ie/Fr/present-fr/presentation-fr.htm

Trois membres sur sept ont participé à la conférence pour le 200ème anniversaire de la naissance
de Frédéric Bastiat, organisé par les cercles Frédéric Bastiat, créés par l’ALEPS, plus ancienne
association libérale (créé en 1968), dont Pascal Salin et Bertrand Lemennicier sont des
dirigeants.
Sources : http://bastiat.net/en/Bastiat2001/
http://www.libres.org/francais/aleps.htm

Des élus trop proches du jury ?

Sur 107 candidats, 40 ont été admis à poursuivre le concours après l’épreuve sur travaux (15
places sont proposées). Parmi les candidats élus, au moins 6 ont un profil très proche de celui du
courant majoritaire du jury et un dossier scientifique moins étoffé que certains candidats
exclus.
http://www.education.gouv.fr/personnel/enssup/candidatpremier.pdf

François Guillaumat
Thèse soutenue à l’Université de Paris Dauphine en décembre 2001, dirigée par P. Salin, avec
B. Lemennicier et G. Bramoullé dans le jury. Ecrit essentiellement des articles de combat libéral,
et est directeur de la collection "Laissez-Faire" aux Éditions des Belles Lettres. Membre
notamment du cercle Hayek de Strasbourg, présidé par P. Salin.
http://bastiat.net/fr/cercle/rencontres/Francois.Guillaumat.html

Guido Hülsmann
Membre actif de tous les cercles libertariens. Il n’a publié que dans les revues de ces cercles. Il
est notamment éditeur du Journal of Libertarian Studies.
http://bastiat.net/fr/cercle/rencontres/Guido. Hülsmann.html
Antoine Gentier
AMN à l’Université de Paris IX Dauphine, applique dans ses travaux la théorie autrichienne des
cycles. Un seul article publié, dans le JEEH. Ses études sont reprises par Euro92 où contribuent
également Caccomo, Hülsmann et Lemennicier. Est remercié dans un article publié dans le
Austrian Journal of Economist et cité dans un article de Hülsmann.
http://www.euro92.com/edi/aut/

Elisabeth Krecké
Contributions fréquentes au Von Mises Institute et au JEEH. A participé au colloque anniversaire
organisé par le cercle Bastiat. Enseigne dans le DEA Analyse économique des institutions, dirigé
par J-P. Centi, avec trois membres du jury, G. Bramoullé, E. Colombatto et B. Lemennicier. MCF à
Aix Marseille III et membre du laboratoire CAE avec G. Bramoullé.
http://www.libres.org/francais/nvlettre/archives/nouvelle_lettre_676.htm#feuilles

Philippe Maître
Enseigne également dans le DEA Analyse économique des institutions, dirigé par J-P. Centi, avec
trois membres du jury, Bramoullé, Colombatto et Lemennicier. Contribue au JEEH. MCF à Aix
Marseille III et membre du laboratoire CAE avec G. Bramoullé.
http://sceco.univ-aix.fr/ecoledoctorale/deacae.htm

Jean-Louis Caccomo
Maître de conférences à l’Université de Perpignan. Plusieurs publications dans des revues
reconnues. Intervient avec P. Salin sur le site anti-pensée unique Conscience politique.org et
publie de nombreux pamphlets dans action-libérale.org et dans le québécois libre.
http://www.action-liberale.org/auteurs/Caccomo.html

Il est évidemment difficile d’établir une connivence entre candidat et jury, mais l’on pourra
constater que :

1) un candidat exclu alignait cinq publications internationales et nationales, un autre 8
publications nationales, etc. ;

2) les revues dans lesquelles publient la plupart de ces candidats ne sont pas référencées par la
profession comme étant des revues de recherche. C’est le cas si l’on suit la classification établie
par la section 37 (« Economie et gestion ») du CNRS (http://crg.polytechnique.fr/revues.pdf).

Elus avec quels travaux ?

Le contenu des travaux de trois des candidats retenus par le jury et leurs prises de position
publique en tant qu’économistes méritent d’être portés à la connaissance du plus grand nombre.

EXTRAITS CHOISIS DES TEXTES DE GUIDO HÜLSMANN

« Un seul facteur semble expliquer la plus grande partie de la violence qui menace les Français à
l’heure actuelle. Ce facteur, c’est l’interventionnisme étatique. »(…)

« L’opinion publique décourage le courage ; elle promeut la prospérité des loups aux frais des brebis. Pourquoi cette perversion de l’opinion publique ? C’est en partie parce que dans les pays occidentaux, les militants de gauche ont, pendant la plupart du vingtième siècle, poursuivi une stratégie de dé-légitimation de l’usage de la force contre ceux qui violent l’ordre public. »
in Libéralisme et Sécurité, http://bastiat.net/fr/cercle/rencontres/2002-4.html.

« Tout comme les systèmes monétaires nationaux ont été crées pour conférer des privilèges aux groupes politiques les plus influents aux dépens de tous les autres citoyens, les institutions
politiques internationales (SME, BCE, FMI etc. ) ont été créées pour conserver et affermir ces avantages de la caste politique et administrative.
L’évolution de ces dernières années nous a rapprochés significativement du Nouvel Ordre Mondial recherché en Europe, au Japon et aux USA par un groupe influent d’hommes politiques, d’entrepreneurs et d’intellectuels, tous unis dans une même foi keynésienne. Il s’agit de faire en sorte que les relations économiques ne soient plus réglées par des accords privés mais par une bureaucratie internationale. Dans ce nouvel ordre mondial, il n’y aura plus qu’une seule monnaie mondiale et une seule police mondiale qui imposera les décrets d’une unique bureaucratie internationale ».
In Euro : une interprétation Rothbardienne de l’histoire monétaire
http://www.euro92.com/new/article.php3?id_article=533

EXTRAITS CHOISIS DES TRAVAUX DE FRANÇOIS GUILLAUMAT

« Hannah Arendt commettait aussi une erreur de catégorie sur un autre point : un des "principes" qu’elle reprochait au socialisme hitlérien d’avoir pris "trop au sérieux" était le "racisme". Or, celui-ci n’est même pas criminel en lui-même : on peut craindre, mépriser ou haï r telle ou telle personne, parce qu’on tient sa race pour "inférieure", sa religion pour "dangereuse", ou parce qu’elle est plus riche ou plus intelligente, sans commettre aucun crime ni délit ; en outre, qu’on l’entende comme un sentiment ou comme une "doctrine" de l’"infériorité" ou de la "supériorité" de tel ou tel groupe pour telle ou telle raison, le racisme n’implique pas logiquement que les membres de ce groupe auraient des droits différents des autres êtres humains — en fait, comme elle dépend des actes passés et non des attributs des personnes, aucune définition cohérente du droit ne peut impliquer une telle différence : en outre, comme nous le verrons, on ne peut pas sans contradiction argumenter en faveur de l’oppression des faibles par les puissants. La seule échappatoire logique pour le "justifier" est de nier l’humanité des faibles en question, ce qui se produit effectivement (quoique souvent de manière implicite), mais ne fait que fournir une preuve de plus du caractère irrationnel de la criminalité d’état, car si ce procédé permet de retrouver l’universalité formelle qui caractérise la norme politique non contradictoire, c’est au prix d’une négation de l’évidence factuelle. »
In Comment l’étude des structures industrielles peut-elle être scientifique ?
Thèse pour l’obtention du titre de DOCTEUR EN SCIENCES ECONOMIQUES, présentée et
soutenue publiquement le 19 décembre 2001, Université Paris-Dauphine.
voir en ligne
Un commentaire sur la portée réelle de cette thèse de doctorat :
http://www.pageliberale.org/article.php?aid=243

« Un chrétien ne peut pas attaquer le libéralisme sans saper les fondements philosophiques du
christianisme, et réciproquement. »
In Libéralisme et christianisme, http://bastiat.net/fr/cercle/rencontres/1998-2.html

« La "justice sociale" c’est le n’importe quoi idolâtre de l’état. (…). Les pauvres sont des cons. Le
pauvre c’est celui qui n’a pas su produire ou voler suffisamment (...). »
In Voleurs de pauvres, http://perso.club-internet.fr/aleric/fg_voleursdepauvres.htm
« En quoi consiste [le] Droit légitime ? Le seul qui soit rationnellement défendable est fondé sur
ce principe, universel et cohérent : vous avez le Droit de faire ce que vous voulez avec ce que
vous n’avez jamais pris à un autre sans son consentement. C’est la violation de cette propriété
naturelle qui constitue le crime ou le délit. En sa présence il y a toujours crime ou délit, et sans
elle il ne saurait y avoir ni crime ni délit.
Conséquence de cette définition du Droit naturel, — bien sûr contraire au pseudo-droit socialiste
mais seule défendable en raison : tant qu’il n’inspire aucune violation physique de la possession
légitime de quiconque, le racisme n’est pas, et ne peut pas être un crime ni un délit et de
ce fait ne constitue pas un sujet de préoccupation légitime de la politique.
(...)
Si vous dites du mal des Martiens ou des Vénusiens avec des moyens que vous n’avez pas volés,
sur la propriété de qui ne s’y oppose pas, vous avez sûrement tort mais c’est irréfutablement
que vous êtes dans votre Droit.
(...)
Et notamment, le socialisme national hitlérien, le grand Satan, la référence obligatoire du
racisme criminel, a massivement volé, esclavagisé, déporté des minorités raciales, en a exterminé
par millions. Mais on peut être raciste sans voler, exploiter voire toucher ni même gêner
personne alors qu’aucun Etat ne peut piller, esclavagiser, chasser des innocents de chez eux et
les assassiner sans nier leur propriété naturelle sur eux-mêmes et sur leurs biens : c’est-à-dire
sans être socialiste.
(...)
Par conséquent ce n’est pas leur motif raciste qui a fait des crimes des crimes racistes du
socialisme hitlérien mais leur essence socialiste. (...) »
In Le racisme comme leurre de la démocratie sociale
http://perso.club-internet.fr/aleric/fg_racisme.htm

« Discrimination est un bruit que le socialiste fait avec la bouche pour paralyser sa victime avant
de l’attaquer. Mais ils ne sont pas des serpents, ni nous des lapins : rien n’en fait nos prédateurs
naturels, rien ne fait de nous leurs proies légitimes. Bien au contraire, nous sommes tous des
êtres rationnels, et tant que tels nous savons que tous les hommes ont des droits identiques,
fondés sur notre nature humaine commune. Et pour notre part, nous comprenons ce que cela
implique : cela disqualifie entièrement leur prétention à vivre en caste privilégiée, vivant par la
force sur notre dos, et nous forçant à entretenir ses parasites. Et comme ils sont les seuls à perpétuer l’injustice, les cris de discrimination dont ils cherchent à nous intimider ne sont que de
révoltantes provocations. »
In L’identité des Droits et sa falsification "égalitariste"
http://perso.club-internet.fr/aleric/fg_egalitarisme.htm

EXTRAIT CHOISI DES TRAVAUX DE JEAN-LOUIS CACCOMO

« Aujourd’hui, l’exercice des droits syndicaux permet à certains individus de ne pas respecter la
propriété d’autrui ou d’entraver la liberté de circulation des autres. En rupture flagrante avec
leur contrat de travail, certains d’entre eux se consacrent à plein temps à leurs activités
syndicales quand ce n’est pas à l’agitation sociale pure. Ce sont précisément ceux qui raisonnent
en terme de classes, de castes ou de groupes ethniques qui incitent à la lutte des classes, au
sexisme et au racisme ».
In De la justice sociale au terrorisme social
voir en ligne

Problèmes Economiques : « L’économie une science trop humaine ? »

Il faut réformer l’enseignement de l’économie française
Entretien avec Gilles Raveaud par Richard Mac Intyre, Challenge

Comment enseigner la microéconomie en 1er cycle universitaire
Hervé Defalvard, Revue d’économie politique

L’avenir de l’économie comme discipline
Robert Boyer, L’Economie politique

Les étudiants en économie : égoïstes, mais honnêtes
Laszlo Zsolnai American Journal of Economics and Sociology

Repères
1. L’enseignement de la science économique : retour sur le débat français
2. Petite épistémologie de la science économique
3. Steven Lewitt ou comment les jeunes économistes montrent la voie

Assises nationales de la culture économique et sociale

http://www.asts.asso.fr

Il suffit d’ouvrir un journal, de brancher la radio ou la télévision, d’accomplir au quotidien les
activités des salariés, des travailleurs indépendants et malheureusement des chercheurs
d’emploi, pour s’apercevoir que les phénomènes économiques et sociaux sont un bain permanent
dans lequel nous sommes plongés. Parler de revenus, de prestations sociales, de perte d’emploi,
de chômage, de conditions de travail, de retraite, de temps de travail, de clients, de
consommateurs, d’impôt, d’environnement, de pollution, de sécurité sociale… nous le faisons très
souvent. Tous ces sujets conduisent les individus à s’interroger, à tenter de se forger une
opinion tandis que les chercheurs, les experts, fournissent diagnostics, analyses et travaux en
tout genre. L’idéal serait que la grande masse des individus, des citoyens puissent se saisir des
travaux des scientifiques.

Outre la difficulté de s’approprier le contenu de tels travaux, propre à toute discipline
scientifique, la particularité des sciences économiques et sociales est qu’elle ne fournissent pas
de réponse unique à une question donnée : la mobilisation de différentes sciences pour aborder le
même problème, le débat contradictoire, l’affrontement des théories, y compris à l’intérieur de
la communauté scientifique sont autant d’éléments nécessaires. Pourtant, malgré l’omniprésence
dans le monde qui nous entoure des objets des sciences économiques et sociale, force est de
constater que ces dernières ont du mal à s’imposer comme des composantes à part entière de la
culture générale.

C’est pourquoi, les Assises nationales de la culture économique et sociale montreront à quel point,
dans tous les champs d’activité humaine, avoir une culture économique et sociale est
indispensable à la compréhension du monde et donc à la maîtrise des citoyens sur les décisions qui
les concernent. L’objectif de ces Assises n’est donc pas de prendre directement position sur la
production de contenus scientifiques mais de mettre en évidence l’utilité et la nécessité de ces
derniers.

Moment intense de débats sur la place de la culture économique et sociale dans la vie
quotidienne, dans la formation initiale et continue, les assises engageront une véritable réflexion
sur les moyens à mettre en oeuvre pour favoriser la maîtrise et le partage des savoirs ainsi que la
réflexion critique du plus grand nombre des citoyens de toutes les nations.


LE PROGRAMME (provisoire) DES ASSISES

Attention ! Pour des raisons logistiques, l’inscription aux ateliers est impérative !
(http://www.asts.asso.fr)

Après une introduction par le Président du Conseil économique et social, la matinée du jeudi 1er
avril donnera lieu à une séance plénière permettant de poser les enjeux sur la place de la culture
économique et sociale dans la vie quotidienne du citoyen. L’après-midi débutera avec quatre
ateliers qui serviront à préparer la seconde séance plénière de la journée orientée sur les
questions du travail et des solidarités (avec restitution des ateliers qui ont précédé).
La matinée du vendredi 2 avril commencera par une séance plénière axée sur le lien culture
économique et sociale et développement durable puis se terminera par quatre ateliers qui
introduiront la dernière séance plénière de la journée. L’après-midi, une séance plénière sera
consacrée aux questions de formation et d’information. La journée s’achèvera sur les conclusions
et les prolongements que les participants souhaiteront donner à cette initiative.

PLENIERES / ATELIERS

Chaque plénière et chaque atelier seront animés par un trio d’intervenants issus du monde de la
recherche, de la médiation et de la société civile. Les thèmes retenus, volontairement larges et
transversaux, doivent permettre un réel croisement des publics et l’expression du plus grand
nombre.

PROGRAMME DU JEUDI 1er AVRIL 2004

09h30-10h00 - INTRODUCTION
Jacques DERMAGNE, Président du Conseil économique et social de la République française
Thierry MEOT, Secrétaire général du Collectif pour la promotion des Etats généraux de la
culture

10h00-12h30 - SEANCE PLENIERE : « La culture économique et sociale dans la vie quotidienne
du citoyen »
Pourquoi a-t-on besoin d’une culture économique et sociale dans notre vie quotidienne ? De quelle
culture économique et sociale le travailleur, le consommateur et le citoyen ont-ils besoin ?
René PASSET, professeur émérite à l’université Paris I
Bernard SAINCY, président de l’ASTS
Elisabeth GOUREVITCH, vice-présidente du Conseil régional d’Ile de France chargée des
finances
André COMTE-SPONVILLE, philosophe
Bertrand DELANOË, maire de Paris (sous réserve)
Bureau Européen des Unions de Consommateurs, BEUC (sous réserve)
Michel PEBEREAU, Président de BNP Paribas (sous réserve)

14h00-16h00 - ATELIERS

ATELIER 1 - Gestion d’entreprise : domaine réservé des experts ?
Jean LOJKINE, Sociologue, Directeur de recherche au CNRS
Pierre FERRACCI, président du groupe ALPHA

ATELIER 2 - Chômage, précarité, exclusion, pauvreté
SECOURS POPULAIRE
Patrick BOULTE, vice-président de Solidarités nouvelles face au chômage

ATELIER 3- Le travail valeur, facteur de production ou activité humaine ?
Patrick FRIDENSON, Historien, Directeur d’études à l’EHESS
CFTC

ATELIER 4 - La dépense publique : pour quoi faire et qui en décide ?
Michel LAMY, Secrétaire national CFE-CGC chargé de l’économie
Jean-Pierre BRARD, Député de Seine-Saint-Denis, Maire de Montreuil et Secrétaire de la
commission des finances, de l’économie générale et du plan de l’assemblée Nationale

16h30-18h00 – PLENIERE : « Travail et solidarités »
Jean-François TROGRLIC, Secrétaire national et membre de la commission exécutive de la CFDT
Didier ROBERT, Vice-président d’ATD Quart Monde

PROGRAMME DU VENDREDI 2 AVRIL 2004

09h30-10h30 – PLENIERE : « Quelle culture économique et sociale pour un développement
durable ? »
Jean-Philippe TOUFFUT, directeur du centre de recherche de Saint-Gobain
Jean-Christophe LE DUIGOU, Secrétaire de la CGT
Dominique PLIHON, Président du Conseil scientifique d’ATTAC France
Jean-Baptiste DE FOUCAULD, ancien Commissaire au Plan

11h00-13h00 – ATELIERS

ATELIER 5 - Pour une formation à la citoyenneté : quelle culture économique et sociale dans
l’enseignement ?
Christian LAVAL, Institut de recherche de la FSU
Louis WEBER, Institut de recherche de la FSU
Edwige CORCIA, Secrétaire nationale de l’APSES
Yassir FICHTALI, Président de l’UNEF
Jacques GUIN, Président du groupe d’études sur les programmes d’ECJS

ATELIER 6 - Former et se former aux droits économiques et sociaux
Marie-Christine VERGIAT, Ligue des Droits de l’Homme

ATELIER 7 - L’information économique et sociale : transparence, accès et fiabilité de
l’information
Jean-Philippe MILESY, Directeur du développement et publicité au journal Le Monde Initiatives
Bruno AUBUSSON DE CAVARLAY, Président de Pénombre
Stéphanie LAGUERODIE, Mouvement des étudiants pour la réforme de l’enseignement de
l’économie (Les Éconoclastes)

ATELIER 8 - Quelle information économique et sociale pour une entreprise socialement
responsable ?
Pierre HABBARD, Commission Syndicale Consultative auprès de l’OCDE (TUAC)

14h30-17h00 – PLENIERE : « Quelle formation et quelle information économique et sociale pour
quelle culture économique et sociale ? »
Guillaume DUVAL, Rédacteur en chef adjoint d’Alternatives Economiques
Gisèle JEAN, Co-secrétaire générale du SNES
Maurice GODELIER, Anthropologue, Directeur d’études à l’EHESS

17h00-17h30 - CLOTURE
Georges ORTUSI, Président du Collectif pour la promotion des Etats généraux de la culture
scientifique

L’économie est l’affaire de tous

Une publication de l’Institut de recherches de la FSU : L’économie est l’affaire de tous, Quelle
formation des citoyens ? par Christian Laval et Régine Tassi, avec une préface de René Passet.
144 pages, 6 euros.

SOMMAIRE

Préface : Quelle économie enseigner ?, par René Passet (p7)

Introduction : Les citoyens ont le droit de comprendre l’économie ! (p13)

Chapitre 1 : Reconstruire l’enseignement de l’économie à l’université ou comment passer des
discours aux actes (p19)

Chapitre 2 : Les médias : le débat économique confisqué ? (p37)

Chapitre 3 : Ouvrir la science économique. Enjeux intellectuels et politiques de la
pluridisciplinarité (p57)

Chapitre 4 : Comment l’enseignement secondaire peut-il former des citoyens ? (p79)

Chapitre 5 : Pour l’éducation citoyenne (p107)

Conclusion : L’arme de la démocratie (p127)

Extraits de la séance consacrée à Bernard Friot : comment penser la Sécurité Sociale ?

"Je suis donc parti du Capitalisme Monopoliste d’Etat, dans le champ qui commençait à m’intéresser : celui de la Sécurité Sociale. J’avais commencé un travail qui était plus précisément
celui de l’économie de la Santé, avec le groupe du CERMES (on a fondé ensemble la revue « Sciences sociales et santé »). Peu à peu j’ai élargi mon champ, en renonçant à tout ce qui ressemblait à la régulation de la production de soin de santé, pour m’intéresser à la partie proprement monétaire. C’est-à-dire plutôt les prestations monétaires, et donc finalement les allocations familiales, la retraite, le chômage, enfin bref : la Protection Sociale dans sa dimension
monétaire. Et donc son financement. On est alors à la fin des années 70, début des années 80. Je
démarre un travail que je continue toujours, depuis 25 ans.

Qu’est-ce que c’était précisément que la thèse du capitalisme d’Etat ? C’était un habillage marxiste à la thèse de la double répartition, avec d’un côté une « répartition primaire » et de l’autre une « répartition secondaire », à but redistributif. En résumé : chaque capital individuel ne reconnaît que le minimum des besoins pour que le salarié soit encore le lendemain matin au travail : c’est le salaire direct. Mais la classe capitaliste dans son ensemble ne pourrait pas se renouveler, ni renouveler l’accumulation du capital, si les travailleurs ne se renouvelaient pas ; s’ils n’amélioraient pas leur qualification, etc. Bref, si tout un tas de « besoins disjoints » (qui sont
disjoints de l’exploitation de tel salarié par tel capitaliste), à savoir les besoins de la reproduction élargie du capital, n’étaient pas assumés collectivement par l’ensemble de la classe capitaliste. D’où la cotisation sociale et le salaire indirect. Il y a avait donc deux finalités et deux types de répartitions : une répartition primaire, qui assurait la reproduction minimale de la force de travail, et puis une répartition secondaire qui assurait une reproduction plus adéquate du capital en général - et non pas de tel capital en particulier.

Je suis donc parti de cette hypothèse, et puis – et c’est pour cela que ma thèse a été très longue
– je me suis aperçu que mon terrain infirmait totalement cette hypothèse. Ce qui s’effondrait sous mes pas au fur et à mesure que j’avançais, c’est précisément cette idée qu’il y a deux logiques : une logique « distributive », et une « redistributive ». Nous avons un salaire qui est une donnée unique, homogène, incluant le salaire direct et le salaire socialisé. Donc le marxisme dominant des années 70 ne permettait pas du tout de comprendre ce qui se passait avec la Sécurité Sociale. De plus, on entrait à l’époque (83-84) dans les “ années de plomb ”, qui dureront jusqu’en 95, marquées par un silence absolu des marxistes. (En 2000, ayant à faire une HDR [Habilitation à Diriger des Recherches] en sociologie (j’avais une HDR en économie du fait même de ma thèse d’Etat, mais il fallait que j’en fasse une en sociologie), j’ai refait un petit parcours de ce que j’avais fait depuis 25 ans, et je me suis aperçu que j’ai participé, de fait, à ces « années de plomb ».)

Or ce silence, cette espèce « d’autocensure », était sans doute en partie dû au fait que la forme de marxisme développée dans les années 60-70 ne résistait pas à la réalité. Donc il nous a fallu reconstruire, et ça a été très long. Moi, j’ai été pendant dix ans totalement « muet » - y compris dans mon labo. C’était parce que je n’arrivais pas à renouer les fils de ce à quoi je travaillais. Mais pendant ce temps j’ai beaucoup travaillé d’un point de vue empirique, en premier lieu parce que le "coût d’entrée" dans la Sécurité Sociale est très élevé. On s’en rend très vite compte lorsqu’on se lance là-dedans : il y a toute une histoire institutionnelle et des données juridiques à acquérir. Et en plus, si on fait des comparaisons européennes, ça représente quand même un champ tout à fait considérable. Ce qui fait que j’ai passé beaucoup de temps avant de maîtriser à peu près l’affaire.

D’autant que l’on chercherait en vain des travaux qui fassent l’état de la question sur la Sécurité Sociale. Et pour moi ce silence est tout à fait significatif. La Sécurité Sociale, c’est un objet qui est absent de l’Université, qui s’enseigne en option en maîtrise de Droit je crois ; qui ne s’enseigne pas au CNESSS [Centre National d’Etudes Supérieures de Sécurité Sociale] ! Les gens sont censés en avoir fait à Sciences-Po, mais il faut voir ce que c’est…
On chercherait en vain, par exemple, un ouvrage un peu consistant sur l’histoire de la Sécurité Sociale. Le travail d’Hatzfeld s’arrête en 1930 ; il y a un Américain qui a travaillé sur la période 45-52, et puis c’est à peu près tout. Autrement dit il n’y a rien. A la rigueur vous pouvez avoir une histoire partielle : il y a une histoire de l’indemnisation du chômage, mais pas grand chose d’autre…

Quelqu’un a bien fait un travail tout à fait remarquable sur les Allocations Familiales, mais il ne trouve pas d’éditeur. Voilà où l’on en est. Pour moi ça relève du déni : c’est l’idée « qu’il n’y a rien de neuf en matière de salaire ». La Sécurité Sociale, soit c’est la « parenthèse du fordisme », et la « fable fordiste » permet d’évacuer le problème, en disant qu’il ne s’agissait que d’une parenthèse déterminée par le mode de production de l’époque. Soit on dit simplement que « ça n’a jamais existé », ou plutôt que « ça existe mais ça n’apporte rien », que « tout cela est banal ». Tout mon travail a consisté précisément à tenter de poser comme objet scientifique la sécurité sociale ET DONC le salaire. Mais il n’y avait pratiquement aucun outil intellectuel qui rende compte de cette unité du salaire.

A cela, s’ajoute le partage des tâches entre disciplines. Les économistes du travail s’intéressaient surtout au salaire direct - et leurs travaux longitudinaux perdent donc tout leur sens, quand on sait que 40% du salaire aujourd’hui est socialisé (on compare ce qui n’est pas comparable)… Les sociologues s’intéressaient bien à l’aspect social, mais surtout sous l’angle « politiques sociales » : action sociale, travail social, etc. En fait il n’y avait que les juristes pour « affronter » vraiment la Sécurité Sociale, et je pense que l’on n’est pas encore sorti de cette situation.

Le fait de poser le salaire total (direct et indirect) comme objet scientifique reste un programme de travail. D’où la force de la fable fordiste, qui permet d’évacuer le problème, tout en le prenant en compte : on considère qu’il s’agit d’un « hasard historique », d’une période précise déterminée par le mode de production de l’époque.

Je suis donc revenu à Marx, après cette parenthèse de 10-15 ans, en m’intéressant aux points les plus controversés chez lui : la lutte des classes et la valeur. A savoir les deux points sur lesquels nous nous sommes absolument tus pendant 15 ans. Ce qui fait que la génération qui a « fait 68 » n’a pas du tout transmis le marxisme aux générations suivantes. On est sans doute la première génération universitaire à ne pas avoir transmis Marx ! Attention : je ne dis pas que les générations précédentes l’avaient transmis correctement. Encore une fois, moi j’ai été élevé dans un truc absolument aberrant. Mais il y avait quelque chose. Et c’est absolument dramatique, parce que seul Marx nous apprend l’importance de la contradiction, et on crève de ne pas savoir penser la contradiction, et de ne penser que la succession des crises et des régulations, les dysfonctionnements, etc. Personnellement je ne vois pas, en dehors de Marx, qui peut nous aider à comprendre la contradiction.

Et les économistes ne m’ont pas appris grand chose, sauf bien sûr Adam Smith et Keynes. J’ai par contre lu énormément d’historiens. "

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